J'ai passé une partie de mon dimanche dans le monde d'un grand poète, Louis Aragon. Bien sûr, il y a des dizaines de ses poèmes mis en musique par Jean Ferrat et interprétés par Isabelle Aubret, comme: "C'est peu dire que je t'aime", "Que serais-je sans toi", "Aimer à perdre la raison", dédiés je n'en doute pas à son épouse Elsa, mais choisi de vous faire partager l'émotion que j'ai ressentis en relisant ce magnifique poème:
BALADE DE CELUI QUI CHANTA
DANS LES SUPPLICES
Et s'il était à refaire
Je referais ce chemin
Une voix monte des fers
Et parle des lendemains
On dit que dans sa cellule
Deux hommes cette nuit là
Lui murmuraient Capitule
De cette vie es-tu las
Tu peux vivre tu peux vivre
Tu peux vivre comme nous
Dis le mot qui te délivre
Et tu peux vivre à genoux
Et s'il était à refaire
Je referais ce chemin
La voix qui monte des fers
Parle pour les lendemains
Rien qu'un mot la porte cède
s'ouvre et tu sors Rien qu'un mot
Le bourreau se dépossède
Sésame Finis tes maux
Rien qu'un mot rien qu'un mensonge
Pour transformer ton destin
Songe songe songe songe
A la douceur des matins
Et si c'était à refaire
Je referais ce chemin
La voix qui monte des fers
Parle aux hommes de demain
Rien à faire alors qu'ils partent
Sur lui retombe le sang
C'était son unique carte
Périsse cet innocent
Et si c'était à refaire
Referait-il ce chemin
La voix qui monte des fers
Dit je le ferai demain
Je meurs et France demeure
Mon amour et mon refus
Ô mes amis si je meurs
Vous saurez pour qui ce fut
Ils sont venus pour le prendre
Ils parlent en allemand
L'un traduit Veux-tu te rendre
Il répète calmement
Et si c'était à refaire
Je referais ce chemin
Sous vos coups chargés de fer
Que chantent les lendemains
Il chantait lui sous les balles
Des mots Sanglant est levé
D'une seconde rafale
Il fallut l'achever
Une autre chanson française
A ses lèvres est montée
Finissant la Marseillaise
Pour toute l'humanité